L'ADES soutient sa filière

La sociologie dénigrée au JT

L'ADES a récemment eu vent d'une lettre ouverte conjointement signée par l’Association française de sociologie (AFS), l’Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES) et l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES) que vous pouvez retrouver ci-dessous :

"Monsieur Thuillier,

Au cours du journal de 20 heures diffusé sur France 2, le jeudi 26 septembre 2013, un reportage a été consacré aux écoles d’entreprises. À l’issue de cette présentation, sur le plateau, un journaliste, M. Jean-Paul Chapel, a apporté des éléments complémentaires.

Je vous retransmets ci-dessous l’intégralité de l’échange avec le présentateur M. David Pujadas.

- David Pujadas : Bonsoir Jean-Paul Chapel. Cette école n’est pas un cas unique. Il y en a de plus en plus.

- Jean-Paul Chapel : De plus en plus d’entreprises créent leur propre école ou campus : Volkswagen, Veolia, Airbus ou encore Banette, Système U, Speedy pour ne citer qu’elles. Chacune forme une centaine de personnes en moyenne chaque année. Des diplômes reconnus par l’État ou par la branche professionnelle. Attention : là, on ne parle pas de formation continue pour les salariés mais bien d’étudiants qui, une fois diplômés, sont en général recrutés par l’entreprise.

- David Pujadas : Pourquoi ces créations ?

- Jean-Paul Chapel : Regardez ce chiffre : 120.000 postes non pourvus selon Pôle Emploi. Du coup, les entreprises forment elles-mêmes des jeunes, que l’enseignement public ne forme pas. Soit parce que les métiers sont de plus en plus techniques. Soit parce que certains métiers rebutent, la boucherie par exemple. Mais aussi à cause d’une mauvaise orientation : des bataillons de bacheliers choisissent la psycho ou la sociologie, sans grands débouchés. Enfin, pour l’entreprise, il y a un avantage à assurer une formation "sur-mesure" : un diplômé plus fidèle, voire plus docile, qu’on peut juger sur ses compétences mais aussi sur son comportement.

En tant que Présidente de l’Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales (APSES), Président de l’Association Française de Sociologie (AFS) et Président de l’Association de Sociologues Enseignant-e-s du Supérieur (ASES), la phrase « Mais aussi à cause d’une mauvaise orientation : des bataillons de bacheliers choisissent la psycho ou la sociologie, sans grands débouchés » a retenu toute notre attention. Aussi, nous souhaitons savoir sur quelles sources précises se base votre collaborateur pour tenir de tels propos. Pour être encore plus précis, nous aimerions connaître, la mesure objective et comparée avec d’autres disciplines qui permet d’affirmer qu’il s’agit de « bataillons » et d’autre part, quelle précision donne-t-il à l’expression « sans grands débouchés ».

Vous comprendrez, Monsieur Thuilier, que ce type « d’information » diffusé à une heure de grande écoute peut nuire gravement à l’image de nos formations, au respect de nos personnels et à l’investissement de nos étudiants et de leur famille. Nous considérons que les journalistes, à l’égal des sociologues sur ce point, ont une déontologie, et qu’à ce titre, ils doivent disposer de sources, les vérifier et les citer. On s’étonne par ailleurs qu’une chaîne du service public s’autorise à affirmer le manque de débouchés professionnels de filières universitaires de Sciences humaines et sociales sans la moindre source, pour vanter à l’inverse l’insertion professionnelle de jeunes formés dans des écoles privées, sur la base d’un reportage affirmant que les candidats issus de l’école créée par le groupe Free auront « l’assurance quasi certaine, d’avoir du travail »... alors qu’aucune promotion n’est encore sortie de cette école ! Là encore la rigueur du raisonnement journalistique pose question. C’est pourquoi, nous vous interpellons au nom de notre communauté professionnelle, que nous avons alertée, sur ce que nous considérons comme un dérapage déontologique.

À ce titre, il nous paraîtrait légitime que dans un de vos JT, vos équipes analysent sérieusement ces questions, ce qui amènerait à corriger les propos du 26 septembre. Nos trois associations se tiennent d’ailleurs à leur disposition pour les aider dans cette tâche.

Sincères salutations,

Didier Demazière, Président de l’Association Française de Sociologie

Marjorie Galy, Présidente de l’Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales

Laurent Willemez, Président de l’Association des Sociologues enseignant-e-s du Supérieur."


Pour ceux qui le souhaitent, voici le lien de l'extrait vidéo : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=rtlKfQoyP2w


L'Association Dijonnaise des Etudiants en Sociologie apporte tout son soutien à cette lettre ouverte et souhaite apporter quelques précisions.


En plus de ne donner aucune source et justification, cette attaque oublie un fait :

La sociologie n'a pas pour seul débouché le métier de sociologue, et de nombreux étudiants s'inscrivent en sociologie dans le but de poursuivre leurs études avec d'autres objectifs. Par exemple, à l'université de Bourgogne, le DEUG de sociologie donne accès à la L3 Sciences de l'éducation ou à une licence pluridisciplinaire "Approche du monde contemporain". La licence elle-même donne, elle, accès à diverses poursuites d'études et non uniquement à un master de sociologie. Les masters de sociologie ainsi que toutes les autres poursuites d'étude donnent accès à des métiers, au même titre que les formations techniques et spécialisées évoquées par le journaliste.

Enfin, nous tenons à rappeler que l'ensemble de l'effectif de première année de sociologie, une très faible proportion d'étudiants poursuit jusqu'en master (environ un dixième). Il s'agit alors d'un amalgame stupide que celui de dire que beaucoup d'étudiants s'inscrivent pour peu de débouchés, puisque peu finissent diplômés en licence et en master, proportionnellement.

Ceci dit nous approuvons le problème d'orientation : beaucoup de nos étudiants quittent après la première année car la formation ne correspond pas à leurs attentes. Mais nous nous sentons insultés lorsque nous entendons dire qu'être étudiant en sociologie est forcément un signe de mauvaise orientation.

Pour finir, l'Association Dijonnaise des Etudiants en Sociologie est âgée de 5 ans et a donc des contacts avec des anciens étudiants diplômés qui sont aujourd'hui insérés professionnellement, ce qui nous permet d'affirmer que non, la sociologie ne mène pas à rien, c'est une discipline utile à la société et qui de fait est sollicitée dans le monde du travail.

Par ailleurs, notre formation à l'université de Bourgogne nous apprend à manier les statistiques dans le but de vérifier l'exactitude de nos hypothèses, et nous permet également de nous préparer aux concours de journalisme. Nous invitons donc Jean-Paul Chapel à s'inscrire en sociologie à l'université de Bourgogne pour acquérir des compétences dont il semble manquer. Et nous invitons tous les étudiants que nous représentons, qui pourraient se sentir offusqués d'être qualifiés de "bataillons" ayant choisi une "mauvaise orientation", de poursuivre leurs études jusqu'où bon leur semble, sans se préoccuper des clichés cultivés par un "journaliste" manquant clairement de déontologie.

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